vendredi 21 avril 2017

Disparition d'Armand Gatti par BHS in Le Soir d'Algérie

LeSoirdAlgerie.com
Quotidien algérien indépendant


Culture : Disparition d’Armand Gatti 
Un immense poète du XXe siècle 

Source de cet article :


Lundi 17 avril 2017


Nous l’avions quitté en train de chanter en italien, à voix haute, après avoir ouvert et feuilleté mon nouveau recueil de poèmes «Les Persévérants», tout juste offert. Plus qu’une offrande, un devoir intime à l’égard d’un aîné. Tout comme cette visite éclair ellemême, en dehors des horaires prescrits. C’était le 3 avril au service urologie de l’hôpital Begin de Saint-Mandé (Val-de-Marne) où Armand Gatti avait été placé. Il venait de finir son déjeuner et rêvassait, allongé sur son lit, dans son pyjama bleu-ciel, seul dans cette chambre. Une fois réveillé, il s’était mis à parler de la résistance, du maquis du Corrèze, du chantier théâtral, lancé là-bas. Il était ailleurs, comme habité… Absolument rien ne laissait présager que le cœur de ce grand gaillard de 93 ans, fort et ancestral comme un chêne, qui était son arbre de prédilection, allait lâcher trois jours plus tard, au matin. Plein de vitalité, il était l’attraction du service. «Un charmeur», nous confiait, avec un sourire complice, l’infirmier d’origine oranaise. Tout à fait confiant, ce dernier nous avait informé qu’on allait le mettre en maison de retraite, car dorénavant, il aurait besoin d’une assistance permanente. Une heure plus tôt, à Montreuil, Béatrice la Bretonne, mon frère Badis et moi, nous avions trouvé la porte de la bâtisse qui abrite la Parole errante, désespérément close. La Maison de la poésie, mitoyenne, lieu de création ouvert et aménagé par «la tribu» de Gatti au prix d’une longue ténacité, venait d’être reprise par la Ville de Montreuil, passée à droite. Et ce, malgré une résistance et une mobilisation désespérée. Au fond, cette matinée-là, dans l’air, ça sentait bien la fin de l’aventure de la Parole errante. Une fois Armand Gatti parti… Et cet immense poète-dramaturge du XXe siècle s’en est allé discrètement… Sans nous laisser le temps de rendre cet hommage à son ami Kateb Yacine, que nous envisagions fermement, depuis quelques années, et plusieurs fois reporté. Depuis précisément 2011, lorsque j’avais fait ramener Armand Gatti avec son fils Stéphane, pour un hommage itinérant à Kateb Yacine, organisé par les CCF de quatre villes d’Algérie. Gatti foulait, pour la première fois, la terre d’un pays qu’il avait découvert presque 60 avant. C’était lorsque, durant sa vie de grand journaliste, après la libération de la France, il avait été envoyé par Le Parisien libéré en reportage à Alger. Incroyable rencontre ! Gatti nous avait raconté qu’à cette époque-là, lorsqu’il partait en reportage à travers le monde, il refusait de rencontrer «les politiciens» et préférait découvrir un pays, une ville, par «ses fous et ses marginaux». Il faut être un poète (et un vrai !) pour avoir une telle démarche. Et Gatti en était un et des plus radicaux : c’était un anarchiste libertaire, fils d’un anarchiste italien, éboueur de son état, mort après un tabassage par la police de Monaco, lors d’une grève en 1952. Armand Gatti (de son vrai prénom Dante Sauveur) est né au Tonkin, un bidonville de cette principauté. Comme celles de Camus et Sénac, sa mère était femme de ménage. Très tôt, l’école ne voulait plus de Gatti. A 16 ans, en 1942, celui-ci plongeait dans la clandestinité, dans un maquis de Corrèze. Et dans le maquis, il découvrait simultanément Henri Michaux et Antonio Gramsci. Le décor était planté pour une trajectoire, hors du commun, de poète insoumis à toute forme d’institution, y compris culturelle. Armand Gatti fut ainsi maquisard sous l’occupation. Arrêté sur dénonciation, il fut condamné à mort puis gracié, à cause de son jeune âge. C’est alors qu’il partit en Angleterre, en 1944, et intégra le Spécial Action Service (célèbre SAS), comme parachutiste et participa à la bataille de Hollande. Après la libération de la France, il se lança dans une carrière de journaliste dans Le Parisien, Paris-Match, Le Parisien libéré, Libération. Il décrochera même le prix Albert Londres, en 1952. Il sera ensuite, un certain temps, cinéaste, avant de s’installer pour toujours, dans le théâtre, comme auteur et metteur scène. Gatti était un amoureux fou du mot. Il se considérait comme «un passeur des paroles d’hommes». Toute sa vie, il aura été à l’écoute des sans-voix, au sein desquels, comme Pasolini dans le cinéma, il puisait ses comédiens : marginaux, taulards, petits durs, fous,… Il les appelait ses «loulous» et leur rendait ainsi une dignité arrachée par le destin social. … Et justement, en matière de destin, durant ce séjour de reportage à Alger (vers 1952-53), de fil en aiguille, Armand Gatti s’était retrouvé à l’hôpital psychiatrique de Blida, en compagnie d’un certain Frantz Fanon qui dirigeait celui-ci. L’auteur des Damnés de la terre lui présentait ces fous visionnaires que Gatti recherchait tant, lorsqu’une femme s’était jetée sur lui et, agrippée à ses épaules, le suppliait d’aller à la recherche de son fils et ses deux filles, dont elle était sans nouvelles. Gatti avait pris note. C’était la mère de Kateb Yacine. Elle avait perdu la raison durant la répression du 8 Mai 45 et l’arrestation de son fils. On lui avait dit que son fils avait été fusillé. Yacine lui consacrera un poème, La rose de Blida et lui rendra hommage à la fin du Polygone étoilé. Dès son retour à Alger, Gatti s’était mis à la recherche de Kateb Yacine qui n’allait pas tarder à se présenter, un matin, à son hôtel. A ce moment-là, il travaillait comme docker au port d’Alger, pour nourrir ses sœurs, tout en collaborant à Alger Républicain. Ce matin-là, aussitôt, il s’était mis au service de Gatti, lui servant de guide. Puis, il s’était embarqué avec lui pour la France ! C’est là que le destin de l’écrivain Kateb Yacine s’était profilé, dans le ciel de la mer Méditerranée… Une fois à Paris, Kateb Yacine avait habité chez Armand Gatti. Celui-ci le prendra sous son aile et le fera bénéficier de ses relations dans le milieu artistique. Par la suite, Kateb Yacine prendra toujours conseil auprès de Gatti. Notamment lorsqu’il rencontrera Jean-Marie Serreau, autre astre de l’univers théâtral, qui voulait monter Le Cadavre encerclé. C’était en 1957 et Gatti lui avait dit : «Vas-y, c’est une chance pour toi.» Le cheminement de l’Histoire, souvent aléatoire, aura voulu que ce soit Kateb Yacine qui parte le premier (le 29 octobre 1989 à Grenoble) et qu’ensuite Gatti vienne en Algérie rendre hommage à son ancien protégé et admiré, en ce mois de novembre 2011. Les voilà disparus tous les deux. Poètes sans pareils. 
B. H. S. 

N. B. : pour ce qui concerne la vie d’Armand Gatti, il faut lire l’admirable travail de Marc Kravetz, grand journaliste, membre fondateur du quotidien Libération. Principalement l’ouvrage-entretien La Parole errante.

jeudi 6 avril 2017

Cher Armand Gatti, nous vous saluons...

Oui, cher Armand Gatti, nous vous saluons...
Et soyez certain que nous continuerons à voler contre le vent... 
En Résistance...
Pour tous les printemps à venir...

Peinture de Stéphane Montmailler

mercredi 30 novembre 2016

Radio Algérienne


17 films et un hommage à Kateb Yacine au 9e Panorama du cinéma algérien en France

Dix-sept films (17), fictions et documentaires, entre court et long métrages, sur l’Algérie et un hommage à Kateb Yacine sont au programme du 9e Panorama du cinéma algérien qui se tiendra du 2 au 7 décembre dans la région de Nîmes, a appris mardi l’APS du directeur du Panorama, Jean Asselmeyer.


Organisée par l’association d’amitié franco-algérienne "France-El Djazaïr" et soutenu par le Conseil départemental du Gard (Occitanie), le 9e Panorama se déroulera cette année à Alès, Aigues-Mortes, Saint Martin de Valgalgues et Nîmes

lundi 28 novembre 2016

9ème panorama du cinéma algérien

9ÈME PANORAMA DU CINÉMA ALGÉRIEN


DU 2 AU 7 DÉCEMBRE 2016. ORGANISÉ PAR L'ASSOCIATION FRANCE-EL-DJAZAÏR. EN COLLABORATION AVEC LE CINÉMA CINÉPLANET- ALÈS, L'AMICALE DES ALGÉRIENS EN EUROPE, L'ARAC, L'ASSOCIATION FRANCE-PALESTINE L'ASSOCIATION GRAND ECRAN POUR TOUS ET LE CINÉMA MARCEL PAGNOL-AIGUES MORTES, LE MOUVEMENT DE LA PAIX-NÎMES.


http://panoramacinemalgerien.neowordpress.fr/2016/11/25/kateb-yacine-sabrina-lorre-nom-de-lecrivain-devenu-familier-de-toute-ville/

mardi 8 novembre 2016

Il y a 70 ans, le 8 mai 1945 : massacres de Sétif, de Guelma et de Kherrata.


massacres de Sétif, de Guelma et de Kherrata. 

Peuple français, tu as tout vu
Oui, tout vu de tes propres yeux.
Tu as vu notre sang couler
Tu as vu la police
Assommer les manifestants
Et les jeter dans la Seine.
La Seine rougissante
N’a pas cessé les jours suivants
De vomir à la face
Du peuple de la Commune
Ces corps martyrisés
Qui rappelaient aux Parisiens
Leurs propres révolutions
Leur propre résistance.
Peuple français, tu as tout vu,
Oui, tout vu de tes propres yeux,
Et maintenant vas-tu parler ?
Et maintenant vas-tu te taire ?
Kateb Yacine


Le 8 mai 1945, la France est officiellement libérée de l’occupation nazie. Le 8 mai 1945, l’armée française massacre les Algériens à Sétif, à Guelma, à Kherrata.
Huit jours plus tôt, le premier mai, lors de la manifestation des travailleurs, le sang avait déjà coulé à Oran et à Alger. Motif : la présence d’un drapeau algérien.
Il est encore tôt ce 8 mai 1945, tout juste neuf heures du matin, lorsque les pancartes « vive l’Algérie libre et indépendante » sont brandies dans les rues de Sétif. Plus de 15 000 algériens sont dans la rue pour fêter la fin de la seconde Guerre Mondiale.
C’est à nouveau le drapeau algérien, symbole national de l’indépendance, qui provoque une répression brutale : Bouzid Saal, 26 ans, le tenait dans ses mains. Il est abattu. Le cortège se révolte ; de pacifique la manifestation tourne à l’émeute ; ce n’est plus un moment de liesse mais une bataille spontanée qui vient surprendre l’appareil colonial. A Guelma, Djiijel, Kherrata, Bejaia le mouvement s’étend rapidement. Franz Fanon – psychiatre antillais et militant du Front de Libération National – disait que la décolonisation est un phénomène violent, « un programme de désordre absolu » et qu’enfin la libération des masses colonisées ne peut se faire que par la force, quel que soit le prix à payer.
Le prix ce jour-ci fut lourd. Les chiffres varient de 1000 à 45 000 morts, mais la majorité des historiens s’accordent sur le fait que les victimes se chiffrent par dizaines de milliers. Côté colons, 102 morts. Mais dans la France de cette époque, personne n’entend parler de la tuerie. Le pouvoir en place, dont les socialistes et des membres du PCF, légitime la répression en usant d’arguments fallacieux et parle d’action « anti-fasciste ». Le 11 mai 1945 le journal l’Humanité reproduisait sans commentaires le discours officiel : « A Sétif, attentats fascistes le jour de la victoire ; des éléments troubles, d’inspiration hitlérienne, se sont livrés à Sétif à une agression à main armée contre la population qui fêtait la capitulation hitlérienne. La police, aidée de l’armée, maintient l’ordre. »
Et cette journée sera suivie de dizaines d’autres. Jusqu’à fin mai, l’armée française « maintient  l’ordre » – ou plutôt sème le chaos – en exerçant de violentes exactions quotidiennes, jusqu’à asperger d’essence et brûler vif des hommes pour leur apprendre à se révolter. Ces pratiques ne sont pas nouvelles. De 1830 à 1871, la conquête de l’Algérie avait déjà fait un million de morts côté algérien, soit un tiers de la population, et les méthodes les plus barbares avaient été introduites.
Ni oubli ni pardon
70 ans après ces massacres, l’État français ne reconnaît que timidement les faits, et ne s’est toujours pas officiellement excusé. Le secrétaire d’État aux anciens combattants s’est rendu à Sétif pour rendre hommage aux victimes  –  mais ce au mois d’avril 2015 plutôt que le 8 mai pour des raisons « d’agenda ». Et l’agenda des puissants, en France comme en Algérie, c’est celui des affaires bourgeoises : les contrats d’armements, les arrangements entre amis. Si les ministres socialistes font le déplacement, c’est donc bien pour leurs propres affaires, comme en 2012 lorsqu’ils s’y sont rendus accompagnés de plus de 90 patrons d’entreprises comme Alstom, Lafarge ou Airbus.
Bien sûr, la dictature militaire qui sévit dans l’Algérie d’aujourd’hui n’a pas améliorée le sort de la classe ouvrière. Le programme de la révolution était « national » donc, de toute évidence, basée sur une société de classes. Mais la victoire contre l’État français, contre notre bourgeoisie, était un premier pas porteur d’espoir ; plus qu’un symbole, c’était la preuve de la possibilité de renverser le rapport de force et de faire plier l’une des grandes puissances coloniales.
Souvenons-nous donc de ce 8 mai 1945 où des femmes et des hommes ont redressé la tête et ont refusé de se taire. Malgré la répression et en le payant de leur vie, ils ont annoncé les prémisses de la révolution qui vingt ans plus tard devait mettre fin au colonialisme en Algérie.
Mort à la guerre, mort au capitalisme
Le capitalisme est un système en crise perpétuelle. Il résout épisodiquement ses propres contradictions par la guerre et le meurtre de masse ; il se nourrit de l’oppression sous toutes ses formes.
Les responsables des guerres sont assis derrière les bureaux des industries, des usines d’armement, des grandes banques, des entreprises, dans les Palais des ministres et des présidents !
À bas l’exploitation capitaliste, à bas la guerre, à bas la propriété privée des moyens de production et le travail salarié !